La
fête à Bineau
Le
héros de la journée est un mannequin portant redingote
et pantalon noir égayés d'un large ruban tricolore. Son
masque et ses longs cheveux faits de ficelle sont montés d'un
haut-de-forme. Au son de la fanfare, il est généralement
mené en procession sur les épaules d'un conscrit. La foule
des garçons et des filles de tous âges suit bras dessus,
bras dessous, en interrompant de temps à autre la marche, pour
exécuter quelques rondes ou pour faire halte dans les cafés,
le temps de se désaltérer, tout en faisant honneur aux
crêpes. Si certains masques peuvent évoquer personnages
célèbres, notamment politiques, les costumes sont improvisés
à la bonne franquette : on puise dans le grenier deux uniformes,
des défroques plus ou moins informes, ou dans son armoire pyjama
rayé ou autre « lingerie » portés un jean
ou de toute autre façon extravagante. À ces costumes se
mêlent quelques pierrots, colombines ou arlequins courants. Le
défilé se termine traditionnement par la photo de groupe
rassemblant le plus grand nombre de carnavaleux. A la nuit tombée,
tout le monde se retrouve sur la place, autour du mât dressé
au milieu d'un grand tas de paille, c'est le moment de sacrifier «
l'horrible Bineau ». Autour du feu de joie, dans les rires et
les chansons, les conscrits et la jeunesse de la région dansent
une ronde endiablée, et les réjouissances se prolongeront
tard dans la nuit. À Marcoussis, peu de personnes ont une idée
précise sur la question. Mais, pour les folkloristes, il s'agirait
de Jean-Martial Bineau, ministre des Travaux publics en 1849, puis des
Finances en 1852 : « Il lança un emprunt national de 250
millions de francs et... convertit la rente de 5 % en 4 %. La colère
des petits rentiers fut attisée par la presse, qui voua Bineau
aux enfers... » baumier, notamment, en fit des caricatures féroces,
et les conscrits de l'époque en auraient fait leur tête
de Turc, à Marcoussis et en d'autres lieux de la région
parisienne. Cette fête n'a connu une coupure que pendant la période
de l'Occupation, et il lui est arrivé de se politiser. Ainsi
en 1929, on a pu voir défiler, séparément, un Bineau
de droite et un Bineau de gauche...
(Renseignements
au 01 69 01 76 50)