Les Paillasses

Dès le matin, les comportes (baquets de bois servant à transporter le raisin) sont nstallées au centre du village et en différents points stratégiques. Elles sont remplies de' lie de vin gluante, à l'odeur écoeurante. ,le repas de midi terminé, les commerçants gâchent la devanture de leurs magasins, tandis qu'à l'ancienne distillerie les futurs paillasses se rassemblent pour leur séance d'habillage. Des anciens aident les jeunes gens à revêtir la tenue de rigueur : sur leur pantalon, ils enfilent des guêtres, s'enveloppent les chevilles le bandelettes immaculées; le haut lu corps est « enflé » par un sac le jute devant et un autre derrière, cousus ensemble, pour ne laisser passer que la tête et les bras, après noir été bourrés au maximum le paille. Dans les sacs sont plantées i hauteur des épaules des branches le buis ; sur la tête, les Paillasses portent un gibus cabossé orné de plumes et sur le visage un masque le laine noire à longs poils, qui emplace l'ancien masque en peau de blaireau, mais l'ensemble n'en est pas moins effrayant. Face à ces Paillasses, les Blancs ont pour costume un pantalon et une chemise immaculés, la taille étant marquée par une large ceinture rouge. Dès 14 h 30, tous les participants se rassemblent pour défiler jusqu'à la place du village au son du Réveil cournonterralais. Là, Paillasses et Blancs se donnent la mainpour effectuer une ronde joyeuse. À 15 heures, un roulement de tambour annonce le début de la fête et de la... « chasse ». Les spectateurs savent que le salut est dans la fuite et courent se cacher chez eux ou dans les cafés. Aux entrées du village, la gendarmerie veille depuis 13 heures et avertit tous les automobilistes qu'ils ont intérêt à faire demi-tour et les piétons que, s'ils veulent participer à la fête, ils doivent se protéger avec un ciré les couvrant de la tête aux pieds et, de plus, prévoir qu'ils auront sans doute à se changer. Les officiants (en ciré, cependant) sont les seuls à avoir droit à l'immunité: ils ne seront pas victimes des Paillasses. Ces officiants déversent la lie des comportes sur la place et ravitailleront en carthagène (boisson traditionnelle régionale de (hospitalité et de la fête) les assoiffés pendant la course. Les Paillasses se jettent dans la lie sur la chaussée, s'y roulent, en imbibent leurs sacs et le chiffon qu'ils tiennent à la main. La « chasse » est ouverte : ils courent après les Blancs qui s'enfuient en criant « Sarra, sarra » . Pendant trois heures, ils vont pourchasser leurs adversaires jusqu'à ce qu'ils n'aient plus de blanc que le nom, en s'acharnant particulièrement sur les jeunes filles, et ce depuis que certaines d'entre elles tiennent à prendre part à cette manifestation traditionnelle, autrefois réservée exclusivement aux hommes et aux garçons. Quelques enfants se mêlent à cette course folle, préparant sans doute la relève. À 18 heures, nouveau roulement de tambour : c'est le signal de l'arrêt des « hostilités » . Après une farandole finale et dégoulinante, les protagonistes vont se changer, tandis que les pompiers effectuent rapidement un grand nettoyage. Bien que la charte des Paillasses précise : « Aucune façade tu ne saliras » , quelques-unes n'échappent pas aux éclaboussures. La soirée se termine, comme dans la plupart des carnavals, par le jugement du ou des mannequins expiatoires, ici Paillasse et Blanc, qui finiront brûlés ainsi que le veut la coutume, après une dernière chanson entonnée en occitan par le public. Elle a été composée dans l'année et, généralement, fait la chronique de la vie locale sur un mode critique. Les ethnologues voient dans ces coutumes une survivance de moeurs remontant à la Rome antique et même à la préhistoire, avec les Blancs et les Noirs représentant la victoire du printemps sur l'hiver, du jour sur la nuit, de la vie sur la mort, tout en étant un exutoire à la violence. Mais les Cournonterralais tiennent à leur légende. L'histoire remonterait à 1346. Les habitants de Cournonterral avaient le droit d'aller chercher des fagots dans les forêts attenantes à la commune voisine d'Aumelas ; ce que les habitants de cette dernière ne supportaient pas. Un jour, ils firent plusieurs blessés parmi les Cournonterralais, les accueillant à coups de frondes et de flèches. Les consuls ordonnèrent au « bayle » Pailhas de faire cesser cette rivalité. Il eut l'idée d'avoir recours à la « magie » et demanda aux habitants de Cournonterral, quand ils allaient chercher des fagots, de se couvrir le corps de sacs de jute piqués de buis et de plumes d'oie, de mettre sur la tête une peau de blaireau ou de renard. En les voyant surgir dans la forêt, les habitants d'Aumelas eurent si peur qu'ils s'enfuirent en hurlant sous les coups de bâton de ceux qu'ils prenaient pour des monstres et se jurèrent de ne plus fréquenter ce bois. Les vainqueurs, accueillis triomphalement à leur retour à Cournonterral, furent récompensés par une fête arrosée de tant de barriques de vin que les participants finirent par se rouler dans le vin renversé à terre. Ce serait cette victoire que commémorent les Paillasses représentant les Cournonterralais, les Blancs symbolisant les habitants d'Aumelas.

(Renseignements au 04 67 85 60 63)

 

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