La
fête du Pré de la Fadaise
Le
lundi de la Pentecôte, à 12 heures au soleil (soit 14 heures
en France avec le décalage horaire), les habitants de Bourg-Saint-Bernard
se retrouvent dans ses ruelles, beaucoup portent des costumes anciens,
pour certains médiévaux. Jeunes gens et jeunes filles,
à cheval ou à pied, sont les vedettes du cortège
qui se forme derrière le maire et qu'accompagnent les porteurs
de pique, des groupes folkloriques, un perroquet, emblème du
bourg, et la fanfare. Tout le monde chante en choeur une vieille chanson
languedocienne qui dit à peu près ceci : « Quand
nous entrerons dans le pré, Nous ferons danser la fillette, Nous
la porterons dans l'herbe, Nous verrons son jupon blanc, Vive le rouge,
Vive le blanc ! » Ils marchent ainsi sur quelque 2 kilomètres
hors du bourg, jusqu'au fameux pré de la Fadaise, où se
déroule (essentiel de la fête. Il s'agit d'un jeu très
simple : les jeunes gens doivent conduire, traîner ou porter les
jeunes filles d'un bout du pré à l'autre et les y faire
asseoir de force. Elles ne peuvent se relever qu'à condition
d'échanger des r bisous sur les deux joues » ; les demoiselles
peuvent d'ailleurs tenter de s'esquiver d'un « 1 bol fa un poutouo,
mes es trop bahut » (a Je voudrais bien te donner un baiser, mais
tu es trop barbu »). C'est tout au moins ce que veut la tradition,
mais, aujourd'hui il n'est pas rare de voir certaines jeunes filles,
qui ont préféré le jean au costume médiéval,
non seulement résister vigoureusement aux jeunes gens, mais aussi
passer à (offensive et unir leurs forces pour contraindre des
jeunes hommes à s'asseoir à leur tour dans l'herbe ; histoire
de changer un peu! Quoi qu'il en soit, au bout d'une heure d'ébats,
le calme revient sur le pré. C'est le moment où de jeunes
cavaliers von se disputer un tiercé, dont le premier sera décrété
roi de la fête et aura le privilège de choisir la reine
de la fête et « sa » reine d même coup. Les
autres cavaliers choisissent aussi leur < mie » et tous prennent
leurs belles en croupe pour les ramener de nouveau en cortège
jusqu'au bourg, où les attendent agapes, bal et fête foraine.
Chemi faisant, les personnes qui suivent le cortège à
pied cueillent dans le pré une plante dite < herbe d'amour
», dont on fait de petits bouquets que l'on conserve comme portebonheur,
jusqu'à l'année suivante. l'Histoire ; l'origine de la
fête du Pré de la Fadaise semble attestée par de
nombreux documents. Voici l'histoire au cours des batailles qui opposent
croisés et Albigeois, les premiers assiègent la ville
de Lavaur, voisine de Bourg-Saint-Bernard. Des soldats assiégeants
font prisonnier un garçon de ce bourg. Ses camarades organisent
alors une expédition, délivrent leur compatriote et le
rendent à sa mère, une veuve qui leur en a une telle reconnaissance
qu'elle organise à leur intention une grande fête dans
un pré lui appartenant. Et elle décide que les réjouissances
se renouvelleront chaque année, le lundi de la Pentecôte,
au même endroit. Pour faire respecter sa volonté, la mère
du garçon libéré a pris la précaution d'inscrire
dans son testament une clause selon laquelle les héritiers du
pré, dit de la Fadaise, seront dans l'obligation de le laisser
à la disposition des jeunes gens du village le jour de la fête
et de n'en faucher l'herbe qu'après cette date. Certains propriétaires
s'étant montrés parfois récalcitrants, la commune
a fini par acheter le terrain, et depuis 1885 le pré en question
est devenu une place communale. On peut rapprocher ces réjouissances
des « mais », autres fêtes courtoises médiévales
de la jeunesse, très répandues, notamment dans le Lauragais.
(Renseignements
au 05 61 32 19 67)