Les fêtes de la Tarasque

La fête s'étale sur trois jours. Le vendredi, le premier temps des réjouissances est 'marqué par l'arrivée, vers 18 heures, du roi René, accueilli par un discours ~du maire. Le roi repart vers 21 h 30, tandis que s'allument les feux de la Saint-Jean. Le samedi, le deuxième temps de la fête est inauguré, à midi, par la bénédiction de la Tarasque sur le parvis de la collégiale SainteMarthe. Elle est suivie une demi-heure plus tard par un grand banquet à l'ancienne qui rassemble quelque 1 200 personnes. Un tournoi chevaleresque, vers 21 heures, puis un bal vers 22 heures mettent un point final à cette journée. Dimanche, c'est le grand jour : après une esse dite en provençal, vers 11 heures 'arrivée du héros de Daudet enthousiasme es Tarasconnais venus l'accueillir. Tamarin pparaît, le plus souvent descendant 'une ancienne locomotive à vapeur où l'ont ejoint ses amis chasseurs. Il arrive qu'il réfère la voie fluviale et emprunte un ateau sur le Rhône. Il est toujours vêtu la turque, sa chéchia à pompon bleu posée ur la tête. Avec ses grosses moustaches elevées, sa barbe, son fusil en bandoulière, est criant de vérité. ifflet strident du train, rythmes entraînants es chants de la foule immense et joyeuse ui (accompagne, quelques coups de fusil our la chasse aux casquettes lancées avec enthousiasme par nombre de personnes heureuses de posséder la casquette la plus trouée par leur chasseur préféré, tout cela caractérise le parcours qui relie la gare à (hôtel de ville. Là, le cortège de Tamarin et ses amis rencontre le roi René et dame Jeanne. Le héros hâbleur baise la main du roi avec déférence. Aux cris de « Vive Tamarin » et de « Vive le roi », tous ces personnages et les membres de leur cortège - certains vêtus en costumes du Moyen Âge, les autres en costumes contemporains de Daudet - se dirigent vers le balcon de l'hôtel de ville, où le maire les accueille par un discours de circonstance. Tamarin y répond en exprimant tout son bonheur d'être de retour dans sa ville, après son séjour éprouvant dans les déserts d'Afrique... Tous ses récits font la joie de (auditoire, et pour finir il est salué par un tonnerre d'applaudissements. À 15 heures commence le grand défilé de la Tarasque. II est composé d'une quarantaine de chars et de groupes musicaux ou folkloriques, ainsi que de majorettes, de joueurs de fifre, de tambourin, et, bien sûr, de Tamarin, de la Tarasque et de ses 8 Tarascaïres. La Tarasque actuelle représente un animal monstrueux à crinière de lion, avançant la gueule grande ouverte. Monté sur roulettes, le « dragon » mesure plus de 5 mètres de long et 2 mètres de large. Tendu d'une toile verte semée d'écailles, il est tout hérissé de piquants... en mousse. Sa mâchoire mobile crache du feu et sa longue queue fouette l'air. Les Tarascaïres sont chargés de promener la bête monstrueuse et de l'animer. Ils sont traditionnellement vêtus de culottes de soie rose et d'une chemise de batiste blanche ornée de dentelle, de bas de soie et de gants de fil blanc. De temps en temps, ils agitent leur chapeau blanc au long panache rose et, subitement, ils lancent la « bête » vers la foule, qui applaudit à toutes ses ruades et s'avance, pour la « taquiner », avant de s'éloigner pour éviter d'être touchée. Le bal a lieu place de la mairie, entre 18 heures et 20 heures, puis Tartarin offre l' apéritif dans sa maison, avant que la soirée se termine en musique, en chants, en poésie... Lundi, à midi, grand aïoli des < municipaux » pour les gourmands et, pour clore la fête en beauté, le soir, autour de 22 heures, feu d'artifice, place du château (édifié au xlve siècle et probablement l'une des plus belles constructions féodales de France), avant le grand bal de clôture. Ces trois journées sont agrémentées de multiples attractions : « encierro », « abrivado » à l'ancienne, « novillada », entre autres mystérieuses animations où les taureaux ont la vedette et qui peuvent surprendre les non-initiés. La légende de la Tarasque remonte au 1er siècle de notre ère. Un texte de « La Légende dorée », écrite par Jacques de Voragine vers 1255 (mais publiée en français en 1518), en donne la version suivante: « Il y avait au bord du Rhône un dragon mi-animal mi-poisson, plus gros qu'un boeuf, plus long qu'un cheval, avec des dents aiguës comme des cornes et de grandes ailes aux deux côtés du corps ; et ce monstre tuait tous les passagers et submergeait les bateaux. Il avait pour parents le Léviathan, monstre à forme de serpent qui habite les eaux, et l'Onagre, animal terrible qui brûle comme avec du feu tout ce qu'il touche. » « La Légende dorée » raconte comment, après l'Ascension, Marthe de Béthanie débarqua en Provence avec son frère Lazare, sa sueur Marie-Madeleine et saint Maximin, comment elle évangélisa le pays et le délivra du monstre ailé. « Elle trouva le dragon dans le bois; il s'était emparé de quelqu'un et le mangeait. Elle lui jeta de l'eau bénite qu'elle avait emportée et lui montra une croix de bois. La Tarasque vaincue devint comme un agneau; elle la lia de sa ceinture et le peuple la déchiqueta sur-le-champ à coups de lances et de pierres. »

Selon la tradition, c'est le roi René qui, en 1474, institua à la fois l'ordre des Chevaliers de la Tarasque et deux grandes fêtes, pour célébrer la victoire de sainte Marthe sur le monstre. La première avait lieu le second dimanche après la Pentecôte. Au cours d'une procession solennelle, une effigie de la « bête » , représentée furieuse, renversait et son énorme queue tous ceux qui s'approchaient d'elle. lors de la seconde procession, le 29 juillet, jour de la Sainte-Marthe, patronne de Tarascon, elle était au contraire tranquille tenue en laisse par une jeune fille. Par la uite, les deux fêtes ont été réunies en unl défilé ayant lieu le dernier week-end de juin. d'après M. Jean-Marie Grandmaison, à origine, le défilé était accompagné de unes et de jeux qu'avait réglementés le roi.René. L'animateur en était l'« abbé de la jeunesse » , élu la veille de l'Ascension par assemblée des chevaliers de la Tarasque, les Tarascaïres ; leurs statuts leur ordonnaient de « conserver ces jeux et les célébrer au moins sept fois par siècle ; de faire alors grand tintamarre, noces et festins durant quante jours et donner le plus d'éclat possible aux fêtes ; de faire aux étrangers meilleur accueil possible » ... Le jeudi de l'Ascension on « essayait » la Tarasque, portée par 6 à 8 hommes dissimulés à l'intérieur du monstre, et dont l'un actionnait la terrible mâchoire articulée, tandis qu'un autre allumait les fusées jaillissant des naseaux. Le lundi de la Pentecôte, la vraie fête se déroulait, les chevaliers de la Tarasque ayant revêtu leur costume d'apparat. Dans les rues, remplies de spectateurs, tous les corps de métier, musique et tambours en tête, défilaient dans la ville avec la Tarasque et ses Tarascaïres, ainsi que la fillette en robe blanche et voile bleu représentant sainte Marthe. Si certains présentent la Tarasque comme le symbole du paganisme vaincu par la religion, la tradition rapporte que le monstre était, en fait, un saurien qui vivait dans les forêts et les marécages du bord du Rhône et s'attaquait aux animaux, et même aux personnes. Sainte Marthe aurait vraiment pu le calmer miraculeusement et le lier... L'image de la Tarasque figurait sur les sceaux et les armoiries de la ville duXIIIe au XVe siècle, mais - en dépit de sa notoriété - c'est la Tarasque qui a pris le nom de la ville et non l'inverse. Tarascon devrait son nom à un vaste rocher (Tarasco) qui s'élevait sur les bords du Rhône.

(Renseignements au 04 90 91 03 52)


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